Boris Cyrulnik : « Mélenchon, c’est l’extrême droite »

Boris Cyrulnik

ENTRETIEN - « J’entends les mêmes mots, j’observe les mêmes haines, les mêmes lâchetés, la même désunion qui enténébraient le début de mon existence à la fin des années trente. Jamais je n’aurais imaginé revivre ce cauchemar, être de nouveau hanté par ces abominables discours aux portes du pouvoir. Les historiens assurent que « l’histoire ne se répète jamais » ; ils ont tort ». Les logiques de haine à l’extrême droite et à l’extrême gauche, la désorganisation sociale et les déchirements qui lardent la société française, réveillent chez Boris Cyrulnik d’immenses tourments. Le neuropsychiatre livre sa peur, dissèque cette lente dérive vers le totalitarisme, ausculte le geste « délirant » d’Emmanuel Macron. Et lance un appel : « Réapprenons à « négocier » la présence de l’autre ».

Publié le 24-06-2024 par Denis Lafay

LA TRIBUNE - Vous interveniez à Prague lors d'un congrès de l'Académie des Sciences consacré à la résilience, lorsque la double sentence est tombée le 9 juin au soir : en France, la victoire du pôle d'extrême droite (40% des suffrages) et une heure plus tard la dissolution. Comment vos hôtes ont-ils « reçu » le coup de tonnerre ?

BORIS CYRULNIK - Ils étaient atterrés. Y compris pour eux-mêmes, car ils redoutent que les répercussions sur le fonctionnement et l'avenir de l'Union européenne entraveront leur propre développement. Atterrés et dans l'incompréhension, eux qui ont connu les deux extrémités - nazie et communiste - du spectre totalitaire et qui en 2021 ont écarté le régime du « Trump tchèque » Andrej Babis. Voilà un peuple érudit, polyglotte, habitué aux mixités transfrontalières avec la Pologne, l'Allemagne, l'Autriche et bien sûr la Slovaquie, et qui regarde une France qui, elle, fait le choix de l'enfermement à l'intérieur de ses frontières et du rejet des étrangers. Oui, incompréhensible...

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On vous sent extrêmement affecté, aussi parce que ce contexte réveille les cauchemars de votre petite enfance, vous qui vous êtes miraculeusement échappé d'une rafle à Bordeaux qui eut raison du sort de votre famille...

Je suis « dans » le dernier chapitre de mon existence, et voilà que j'entends les mêmes mots, j'observe les mêmes haines, je déplore les mêmes lâchetés, je constate la même

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