Salomé Berlioux : "En matière transgénérationnelle, la solidarité s'imposera à la division"

Salomé Berlioux

LE MONDE D'APRES. Elle a trente ans, a suivi un cursus universitaire remarquable - IEP Paris, Ecole normale supérieure - qui lui promettait une brillante carrière dans quelque prestigieuse enseigne de la finance ou du consulting internationaux. Elle a fait un choix de "vie" aux antipodes, nourri par sa trajectoire intime, initiée dans l'Allier, poursuivie dans le Cher et la Nièvre, et entravée des embûches, confiscations et carcans contre lesquels désormais elle s'emploie à lutter, aussi bien dans un collège ardéchois que dans le bureau du ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer ou comme conseillère de l'ancien Premier Ministre Jean-Marc Ayrault. "Elle" s'appelle Salomé Berlioux, et a fondé l'association Chemins d'avenir qui accompagne les jeunes "invisibles" des France rurale et périphérique, frappés d'inégalités du même ordre : tour à tour inaudibles, dissimulées, négligées, niées. Un maquis de discriminations peu spectaculaires mais aiguës, q

Publié le 17-04-2020 par Denis Lafay

La Tribune : Ce moment si particulier des premières semaines de confinement, comment l'éprouvez-vous intimement, comment l'interprétez-vous intellectuellement ?

Salomé Berlioux : L'un des défis de cette période est sans doute de parvenir à déconnecter ses pensées intimes des réactions collectives. Ou en tout cas de faire en sorte que les premières ne soient pas toujours dépendantes des secondes. C'est un lieu commun mais une telle réalité : une crise de ce type redistribue nécessairement les cartes et fait relativiser bien des difficultés du quotidien. Pour autant, l'individu ne disparaît pas en un claquement de doigts derrière la crise, aussi mondiale soit-elle. Le confinement n'efface pas les épreuves personnelles, n'éradique pas les difficultés individuelles. Il peut les suspendre pour quelques semaines, ou, au contraire, les exacerber ; mais quoi qu'il en soit, l'intime est toujours là. Il est utile d'être à l'aise avec cette idée, pour ne pas tomber des nues lors du dé-confinement, quand la vie reprendra son cours. Nous n'existons pas uniquement à travers la crise sanitaire, même quand celle-ci semble prendre toute la place.

Au sein de votre association Chemins d'avenirs, vous étudiez la jeunesse de la France périphérique - des villes petites et moyennes et des campagnes -, plus largement "les" jeunesses les moins armées "des" France les moins dotées. L'essai qu'Erkki Maillard et vous avez publié, Les Invisibles de la République (Robert Laffont, 2019) en témoigne. Des je

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