Michel Wieviorka : "Coronavirus : parler de guerre est une faute"

Michel Wieviorka

LE MONDE D'APRES. Un défi protéiforme, d'abord "vital", mais immédiatement aussi économique, politique, social, sociétal : voilà à quoi cette "rupture anthropologique majeure" confronte l'homme, sommé de "tout repenser" et de "faire des choix" : que veut-il décider de son rapport à la nature ? Des modes de production et de consommation ? Des conceptions de la culture, de la ville, de la mobilité, des loisirs, du travail ? Des prérogatives de l'Etat ? Quel clan veut-il rallier qui dessinera cet avenir et modèlera (ou non) la "métamorphose du monde" chère à Ulrich Beck : celui des "blasés, des pessimistes ou des optimistes" ? Celui des mélancoliques qui s'enferment dans le présent, celui des contorsionnistes qui esquivent la réalité de cet aggiornamento, celui des acrobates qui jonglent avec hier et aujourd'hui pour envisager demain avec confiance ? Les réponses sont nichées dans la démocratie, détaille le sociologue Michel Wieviorka, cette

Publié le 31-03-2020 par Denis Lafay

La Tribune - Ce moment si particulier de début de confinement, comment l'éprouvez-vous intimement, comment l'interprétez-vous intellectuellement ?

Nous vivons un choc qui est à la fois collectif - à divers niveaux, du mondial au local - et personnel, intime. Certains sont mieux placés que d'autres pour l'encaisser et faire preuve, comme le qualifie un mot à la mode, de résilience, et même pour se projeter vers l'avenir. Je fais partie des privilégiés, socialement, économiquement, mais cela ne m'empêche pas de penser aux plus faibles, aux plus démunis - l'économie n'est pas seule à devoir être sauvée, il y a aussi des individus en déshérence ou très fragiles.

Je fais partie des générations âgées, mais cela ne m'empêche pas de penser aux vieillards, isolés ou dans des Ehpad si insuffisamment soutenus par la puissance publique, ou aux jeunes générations et à l'avenir de leur point de vue. Bref, je "ne m'en sors personnellement pas trop mal", et tout en veillant à distance au fonctionnement de l'institution que je dirige, la Fondation Maison des sciences de l'Homme, je réfléchis, lis et écris à partir de cette expérience.

Je pense beaucoup au sociologue allemand Ulrich Beck [1944 - 2015], dont j'étais l'ami. Il a ouvert la voie aux réflexions les plus fécondes sur la société du risque et, titre de son dernier livre que je viens de relire, sur The Metamorphosis of the World (Polity Press, 2016).

Vous venez de publier Pour une démocratie de combat (Robert Laffont, 2020). Un écho sa

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