Areva creuse son trou

Areva creuse son trou

Après les 5 milliards de pertes enregistrées l'an dernier, Areva a publié ce matin des résultats qui creusent encore son déficit, avec 2 milliards de pertes supplémentaires.

Publié le 26-02-2016 par Guilhem Baier

Pertes et retard

 

Avec une journée de retard sur la date prévue, retard qui ne laissait d'ailleurs rien présager de bon, l'ex-géant du nucléaire français a publié ce matin des résultats une nouvelle fois catastrophiques. Le groupe nucléaire a en effet dressé un bilan laissant apparaître de lourdes pertes, évaluées à 2,03 milliards d'euros. Elles sont dues à des provisions pour les coûts induits par sa restructuration, ainsi que pour, à nouveau, le chantier de l'EPR d'Olkiluoto, développé pour l'énergéticien finlandais TVO.

Le report de la présentation des résultats était imputable, quant à lui, au fait que les banques françaises, sollicitées par l'actionnaire principal du groupe, l'Etat lui-même, rechignaient à accorder à Areva un prêt-relais de 1,1 milliard d'euros. Selon plusieurs sources concordantes, l'Etat aurait exigé que le remboursement de ce prêt n'intervienne pas en janvier 2017, mais en juin de la même année, autrement dit après l'élection présidentielle. Devant la levée de boucliers des banques, l'Etat a fini par reculer. Sans ce prêt, Areva n'aurait en effet pas pu rembourser durant l'année 2016 le milliard d'obligations arrivant à échéance, et aurait donc pu se retrouver, tout simplement, en cessation de paiement. Mais l'Agence des Participations de l'Etat a néanmoins obtenu que celles-ci révisent à la baisse les taux d'intérêt du prêt, qu'elle estimait beaucoup trop élevés, et relevant presque de l'usure.

 

 

Relever les défis ou périr

 

Tout n'est pourtant pas encore perdu au royaume d'Areva, même si son histoire prend un tour de plus en plus tragique. Certes, indépendamment des provisions, la perte opérationnelle du groupe spécialisé dans le cycle du combustible s'élève à 1,39 milliard d'euros, mais elle a été divisée par deux par rapport à l'exercice précédent. Par ailleurs, son chiffre d'affaires a progressé de 7,7%, et son carnet de commandes se monte à 29 milliards d'euros.

Pour sortir du tombeau que le groupe se creuse depuis des années, il va lui falloir procéder à de profondes réorganisations : céder Areva NP à EDF et se recentrer sur le cycle de vie du combustible, vendre Canberra et Areva TA, préparer une augmentation de capital de l'ordre de 5 milliards d'euros, accueillir des partenaires étrangers, et bien sûr, procéder à de nombreuses et lourdes compressions de personnels. S'il ne peut relever ces défis, le géant du nucléaire risque de rester au fond du trou pour toujours.

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