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Le capital-investissement
article du 7 avril 2008
par Stéphane Taunay

Membre du Directoire de Sopromec Participations, société de capital risque fondée en 1964. Ancien entrepreneur, Stéphane Taunay a créé puis cédé plusieurs sociétés pour lesquelles il a levé plus de 5 millions d’euros auprès de différents investisseurs en capital.

 

Une source de financement diversifiée

Lorsque le montant des financements nécessaires pour soutenir leurs projets dépasse les ressources mobilisables auprès des seules personnes physiques et que leurs fonds propres s’avèrent insuffisants pour accroître leurs concours bancaires, les entrepreneurs se tournent tout naturellement vers les investisseurs institutionnels en capital.

En effet, avec plus de 10 milliards d’euros investis chaque année dans quelque 1.500 entreprises françaises, le capital-investissement professionnel apporte, en échange d’une participation au capital des sociétés qui sollicitent son soutien, un éventail de solutions de financement adaptées aux différents stades de développement des projets entrepreneuriaux, de leur éclosion jusqu’à leur cession éventuelle.

Cette pluralité de réponses reflète une typologie diversifiée des fonds disponibles que l’entrepreneur doit savoir analyser afin d’identifier celui qui sera le mieux à même de financer son projet.

Financer le développement d’un projet entrepreneurial

Ainsi, s’il s’agit de financer la croissance de son projet, l’entrepreneur devra s’adresser à des fonds intervenant en capital-développement. Ce cœur historique du capital-investissement, recouvre, dans son acception la plus large, d’une part, l’amorçage, où il assure le financement d’un projet à son stade le plus précoce et, d’autre part, la création, où il finance sa finalisation et son début de commercialisation. Ces deux premiers segments sont habituellement regroupés sous le terme générique de capital-risque. Le capital-développement proprement dit permet, quant à lui, de financer l’accélération de la croissance d’un projet lorsque celui-ci a déjà fait ses preuves sur son marché et atteint l’équilibre d’exploitation.

Ces différentes étapes de développement constituent des articulations fondamentales dans le cycle de vie d’un projet entrepreneurial. En conséquence, elles exigent de la part des investisseurs un savoir-faire correspondant à chacun de ces niveaux de maturité. Aussi, même si le dénominateur commun de tous ces projets consiste à financer le décalage entre les investissements liés aux impératifs de développement et les recettes attendues de ces derniers, il est essentiel pour l’entrepreneur d’identifier les fonds qui présentent la meilleure adéquation avec l’état d’avancement de son projet avant de le leur soumettre.

D’autant que cette source de financement est significative. En effet, chaque année ce segment du capital-investissement soutient les deux tiers des entreprises accueillant des investisseurs professionnels à leur capital, avec un apport moyen de 2 millions d’euros par société, somme qui recouvre une grande disparité pour s’adapter aux besoins de chacune d’entre elles.

Financer la transmission d’entreprises

Une part importante de l’activité du capital-investissement en France se concentre cependant sur les opérations de transmission d’entreprises. Les investisseurs en capital interviennent alors dans le cadre de montages financiers communément appelés LBO (leveraged buy-out ou rachat avec effet de levier) qui consiste à rechercher,  pour financer une acquisition, l’équilibre optimum entre l’apport en capital et le recours à la dette, en fonction des capacités financières de la société rachetée. Ainsi, le capital-transmission concentre plus de 80% des fonds investis chaque année alors qu’il ne concerne qu’un tiers des sociétés recourant au soutien des investisseurs institutionnels.

Là encore, les chiffres bruts recouvrent une réalité diversifiée et segmentée que l’entrepreneur doit intégrer dans sa recherche de financements.

Le premier axe de segmentation concerne le montant des opérations. Traditionnellement, on distingue, d’une part, les opérations de transmission portant sur des sociétés dont la valeur est inférieure à 100 millions d’euros, ce segment pouvant lui-même être subdivisé en plusieurs sous-groupes fonction de cette valeur. Ce premier segment concentre près de 40% des investissements en capital et 30% des sociétés capitalisées chaque année, avec un investissement moyen de 10 millions d’euros. Le deuxième segment, pour sa part, est certainement le plus médiatisé. Il regroupe des sociétés dont la valeur excède 100 millions d’euros. Bien que celles-ci soient marginales en nombre, avec à peine quelques dizaines financées chaque année, elles pèsent 43% du total des capitaux alloués annuellement par le secteur, avec un investissement moyen supérieur à 200 millions d’euros.

Le deuxième axe de segmentation porte sur le scénario de transmission retenue pour l’opération : rachat de sociétés par ses cadres dirigeants, cas du MBO ; par des intervenants extérieurs, cas du MBI ; rachat partiel de la participation du propriétaire dans le cadre d’une diversification de son patrimoine, cas de l’OBO ; ou encore, dans une certaine mesure, recomposition du capital par le rachat d’actionnaires minoritaires, voire substitution de fonds entre eux dans le cas du montage d’un nouveau LBO sur la même société. Autant de configurations spécifiques qui impliquent de recourir à des interlocuteurs diversifiés pour financer ces opérations.

Enfin, pour être parfaitement complet, il faut également citer le capital-retournement qui, bien que marginal en volume, apporte un soutien financier parfois décisif aux sociétés confrontées à des difficultés dans leur cycle de développement.

Esquisse d’une typologie du capital-investissement

Ainsi, les 10 milliards d’euros alloués chaque année aux entreprises françaises par les investisseurs en capital ne constituent en aucun cas une source de financement homogène à laquelle les entrepreneurs peuvent venir puiser de manière indifférenciée, sans se soucier de la nature de leur projet. En effet, aucun fond ne couvre à lui seul tous les domaines ressortant du capital-investissement.

Dans ce contexte, il est utile d’avoir à sa disposition une carte sur laquelle placer les différents fonds d’investissement en fonction de leurs spécialités. Schématiquement, cette carte s’articule autour de 4 axes principaux, à la croisée desquels l’entrepreneur peut identifier le fonds susceptible de répondre le plus favorablement aux caractéristiques de son projet. Le premier axe est gradué en fonction du montant d’investissement recherché, lequel peut s’échelonner de quelques centaines de milliers à plusieurs centaines de millions d’euros. Le deuxième axe est fonction de la nature de l’investissement (amorçage, création, développement, transmission, retournement…). Le troisième axe, quant à lui, s’attache au secteur d’activité ainsi qu’à la zone géographique dans lesquels intervient la société à financer. Enfin, la stratégie de prise de participation du fonds, minoritaire ou majoritaire, est une dimension qui doit être prise en considération dans la recherche de financement.

Dans un souci d’efficacité, l’entrepreneur à la recherche d’investisseurs pourra se tourner avec profit vers l’Association Française des Investisseurs en Capital (AFIC) qui regroupe la grande majorité des acteurs de cette profession.

 

Stéphane Taunay



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