Des économistes
qui se situent dans le spectre de la gauche viennent de publier un Manifeste «Crise et dette en Europe: 10 fausses
évidences, 22 mesures en débat pour sortir de l'impasse». C'est un document
étoffé qui a deux cibles, les marchés financiers et l'Europe, rendus responsables
de l'enlisement dans la crise. Les marchés financiers continuent à faire la loi
et obligent les autres acteurs économiques, privés ou publics, à passer sous
les fourches Caudines des normes de rentabilité financière; la théorie, en fait
l'idéologie néolibérale dont la crise a montré son inanité, règne plus que
jamais, au moins dans la tête des dirigeants économiques ou politiques;
l'Europe, par ses règles libérales, notamment en matière de finances publiques,
est au bord de la déflation.
Ce diagnostic alarmant, on peut très largement le
partager sur beaucoup de points et en même temps il y a quelque chose qui gêne.
A trop vouloir démontrer la nocivité de la finance, l'inanité du
néolibéralisme, la politique inadéquate des Européens, on en vient à occulter
les questions économiques auxquelles nous sommes confrontés. Les déficits publics ne sont pas un problème, la faiblesse de la
croissance n'est due qu'au refus de la relance, les mesures proposées s'apparentent
plus à un catalogue de «y'a qu'à» plus faciles à dire qu'à faire. Après deux
ans de crise financière qui nous a mis au bord du gouffre, on peut être à juste
titre inquiet des réformes qui piétinent, des financiers qui, l'orage une fois
passé, redressent la tête, des politiques conduites en Europe et notamment en France
complètement à côté de la plaque pour relever les défis qui nous
attendent ; un appel est plus que justifié, nécessaire, on peut regretter cependant
que l'excès, pour ne pas dire le caractère outrancier, en limite la portée et
lui fasse perdre de sa crédibilité.
Première cible de la critique rageuse, les marchés
financiers. Nos mousquetaires dénoncent l'idée selon
laquelle les marchés financiers seraient efficients (fausse évidence 1). Les
marchés financiers n'ont pas de principe autorégulateur, la formation périodique
de «bulles» spéculatives est intrinsèque aux mécanismes de la spéculation
financière. Cette critique des marchés financiers est aujourd'hui largement
répandue et soutenue par dés économistes de renom. Mais cela rend-il pour
autant secondaire que les marchés déréglementés ont aussi permis le développement
de la cupidité (Stieglitz: le triomphe de la cupidité), le recours à des
techniques et des produits financiers non seulement dangereux parce
qu'incontrôlables, mais aussi parce qu'ouvrant un large champ à l'avidité, la
malhonnêteté, à l'irresponsabilité de certains acteurs.
Ce constat n'enlève
rien à la pertinence de la critique théorique, contrairement à ce que pensent
les auteurs. Il invite à une réforme des marchés financiers et la question est
moins de faire preuve de radicalisme (par ex.les auteurs proposent de contrôles
sur les mouvements de capitaux et de taxes sur les transactions financières pour
réduire la spéculation mesure n°2 serpent de mer qui, même si on l'évoque à
certaines occasions dans (...)
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