Il fut un temps où les chefs d'entreprise se flattaient
d'employer des salariés par centaines ou par milliers et de contribuer ainsi à
la vie d'une ville ou d'une région. Cette attitude se rencontre encore chez
certains dirigeants de PME en province. Mais, d'une façon générale, en France
comme dans les autres pays industrialisés, le seul chiffre qui compte vraiment
aujourd'hui, c'est le résultat net. Du coup, le salarié est vu autrement.
Traditionnellement, on le considérait sous deux angles: sa valeur ajoutée pour
l'entreprise et son coût. Du point de vue comptable, les deux valeurs sont
identiques, mais l'une peut être affectée d'un signe «plus», l'autre d'un signe «moins». C'est ce deuxième aspect
qui est surtout pris en compte aujourd'hui: le salarié peut accessoirement
apporter quelque chose à l'entreprise, mais il est d'abord vu comme un coût. Et
ce que l'on demande à un dirigeant d'entreprise, c'est d'abord de réduire les
coûts.
Les économistes sourient
Pour les économistes, c'est le signe d'un grand progrès: la
vigueur de la concurrence impose aux entreprises une plus grande rigueur de
gestion, elle les conduit à ne faire aucun gaspillage en capital, financier ou
humain, et à rechercher en permanence les conditions d'une compétitivité sans
cesse renforcée. Dans un monde pratiquement sans frontières, cette attitude a
toutefois une conséquence: le chef d'entreprise avisé a la possibilité ses
actionnaires estiment même qu'il a le devoir d'implanter ses sites de
production là où la main d'œuvre coûte le moins cher à qualité sensiblement
égale.
Cette rationalité économique a évidemment des conséquences
sociales néfastes dans les pays anciennement industrialisés. C'est elle qui a
directement conduit à la crise financière que nous venons de vivre. Les
entreprises américaines ont massivement délocalisé leurs activités vers l'Asie.
Mais, tandis que leurs résultats financiers s'envolaient, la pression exercée
par la concurrence asiatique (y compris celle des produits fabriqués en Asie
pour des firmes américaines) a fortement pesé sur les salaires versés aux
Etats-Unis, avec des gains de pouvoir d'achat quasiment nuls en dix ans. Or la
consommation explique traditionnellement à elle seule plus des deux tiers de la
croissance américaine.
Comment maintenir la croissance avec des revenus réels
stagnants? Les dirigeants américains ont cru trouver la réponse dans un nouveau
développement du crédit. Ainsi se sont développés les crédits dits «subprimes»,
offerts à des gens qui n'avaient pas en fait la capacité de rembourser. C'était
jouable si les prix de l'immobilier n'arrêtaient pas de monter: à défaut de
pouvoir payer leurs mensualités, les ménages endettés n'auraient qu'à vendre
leur maison, ils en tireraient de quoi rembourser leur dette, et avec une
plus-value! Mais ce n'est pas ainsi que l'histoire s'est terminée: quand la
Réserve fédérale a relevé ses taux directeurs, l'immobilier a chuté, avec les
conséquences que l'on connaît.
... les chômeurs, moins
Aujourd'hui, la conjoncture américaine suscite bien des
interrogations: non seulement la croissance a plutôt tendance à ralentir, mais
la reprise s'est effectuée sans beaucoup de créations d'emplois.
Outre-Atlantique, on commence (...)
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