L'art du «grand mensonge» est de répéter quelque
chose assez souvent, et avec un porte-voix assez puissant, pour que votre distorsion
de la vérité ne soit pas mise en question. C'est la technique adoptée par le Wall
Street Journal, qui attaque et déforme de façon obsessionnelle les
nombreuses poursuites que j'ai initiées contre AIG et son ancien PDG Hank
Greenberg.
Les enjeux dépassent largement le cadre de telle ou
telle affaire. En voulant réécrire l'histoire du cataclysme économique que nous
avons traversé, certaines personnes tentent de mettre en doute les conclusions
dictées par le bon sens, qui découlent d'une interprétation exacte de
l'histoire. Elles cherchent désespérément à préserver une philosophie anti-régulation particulièrement fanatique et en définitive nuisible, courant dominant des
30 dernières années. Elles veulent protéger une interprétation détraquée
et erronée du fonctionnement des marchés, un point de vue aujourd'hui
ouvertement rejeté par des personnalités aussi farouchement attachées à
l'économie de marché que le juge Richard Posner et l'ancien président de la
Réserve fédérale Alan Greenspan. Admettre le bien-fondé des poursuites des
entreprises coupables les empêcherait de rejeter, comme elles le font
actuellement, la moindre petite réaction gouvernementale à la crise financière.
Vu la situation, et étant donné le récent éditorial publié par le Wall Street Journal, il
convient d'apporter quelques précisions. Greenberg a été poussé à démissionner
de son poste de PDG d'AIG par son propre conseil d'administrationdu propre
chef de ce dernieraprès qu'il avait refusé de répondre à des questions
concernant son implication dans des contrats de réassurance frauduleux créés
par sa compagnie. Cinq personnes ont été
reconnues coupables par un jury dans le Connecticut en 2008 pour
leur rôle dans ces fraudes. Le procureur général, lors de son résumé de
l'affaire, a qualifié Greenberg de «complice non accusé». À New York, le juge en
charge de cette affaire, initiée par l'État lorsque j'étais procureur général, l'a qualifiée de «désastreuse» et utilisé
l'expression «entreprise criminelle» pour désigner AIG. AIG en tant que
personne morale est parvenu à un accord avec mon bureau en 2006 en révisant ses
résultats financiers et en acquittant une amende de 1,6 milliard de
dollars. Les actionnaires attendent à présent l'approbation judiciaire d'un
accord de versement de 750 millions de dollars supplémentaires en
compensation des dommages provoqués par ces malversations comptables.
Contrairement à ce que revendique l'éditorial du Journal,
les poursuites intentées contre Greenberg et AIG étaient à la fois appropriées
et efficaces. Plus important peut-être, elles étaient nécessaires pour défendre
la justice et l'éthique sur les marchés.
L'éditorial du Journal cherche aussi à
dénigrer les poursuites intentées par mon bureau contre Marsh & McLennan pour
toute une série de délits économiques et financiers. L'éditorial souligne que
deux des poursuites contre des employés de l'entreprise ont été abandonnées
après que les prévenus avaient été reconnus coupables. Le juge avait découvert
que certaines preuves qui auraient dû être livrées à la défense ne l'avaient
pas été (les procès ont eu lieu alors que je n'étais plus procureur général). Malheureusement
pour (...)
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