L'idée que la récession qui frappe les Etats-Unis va nous mettre dans la même situation que le Japon est apparue dès la faillite, en
septembre 2008, de la banque Lehman Brothers et, depuis, continue de se propager. Si vous
imaginez que les chiffres de la croissance économique américaine de ces
quarante dernières années peuvent à eux seuls mettre un terme à ces théories de
dérive japonaise, vous vous trompez. La crainte d'une récession massive, la
persistance d'un fort taux de chômage et la peur, très en vogue, de la déflation, ont ressuscité le monstre japonais, nouvelle incarnation de
Godzilla.
Il est usant de répéter que la comparaison avec le Japon ne
tient guère. Mais jusqu'à ce que l'économie donne l'impression de s'être
enfin définitivement redressée, il y aura des éditorialistes et même des éditorialistes
respectables qui jugeront utile d'agiter ce drapeau en nous assenant quelques
petites vérités bien senties accréditant leur thèse.
Aujourd'hui, l'utilisation de l'exemple japonais par tout
éditorialiste ou intellectuel est un bon indicateur de sa pensée en matière
d'interventionnisme fiscal. La foule des agitateurs de la menace japonaise est
partagée en deux camps: ceux qui montrent du doigt l'expérience japonaise comme
la démonstration que l'interventionnisme de l'Etat ne fonctionne pas par définition ou,
tout du moins, qu'il ne compense pas le degré d'endettement gouvernemental qui
en résulte. (Ce camp va de la Reason
Foundation (ultralibérale) à presque tous les éditoriaux publiés dans le Wall Street Journal). Et il y a ceux qui
considèrent que nous devons craindre un scénario à la japonaise, parce que le
gouvernement japonais intervint trop peu et trop tard. (Paul Krugman est le
chef de ce camp). Il est presque comique de constater que les avocats de deux
stratégies financières résolument opposées pointent du doigt le même scénario
en s'écriant «cela ne doit pas se produire!»
Le problème, c'est que le spectre d'une «décennie perdue» à
la japonaise est à ce point marqué par la peur et la fierté nationaliste
qu'elle écarte toute analyse sérieuse. Si la crise économique ayant frappé le
Japon au début des années 1990 peut superficiellement ressembler à la récession
touchant actuellement l'Amérique, il est important de souligner à quel point
les situations de fond sont radicalement différentes. Pour mémoire:
La taille de la bulle
et la taille de son explosion. Dans son brillant Foreign Affairs refutation of the Japan analogy (publié en 2009 -
sur souscription), Richard Katz montre qu'entre 1981 et 1991, le prix des
terrains commerciaux a augmenté de 500% dans les six plus grandes villes du
Japon. En comparaison, le prix du terrain constructible aux Etats-Unis dans les
20 plus grandes villes du pays a augmenté, entre 1996 et 2006, de 200%. La
bulle devait donc éclater, mais avec des conséquences naturellement moins
sévères. Et même si le prix du bâti continu de chuter, il faudra attendre
longtemps avant de trouver les prix de (...)
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